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Dépistage de stupéfiants au sommet de l'Etat: une circulaire de Lecornu suscite l'émoi
information fournie par AFP 17/06/2026 à 18:44

Le Premier ministre Sébastien Lecornu à Paris le 11 juin 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

Le Premier ministre Sébastien Lecornu à Paris le 11 juin 2026 ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )

"Intrusive" ou "habile" ? Une circulaire de Sébastien Lecornu ordonnant des dépistages de stupéfiants auprès de hauts fonctionnaires et ministres a suscité l’émoi dans les couloirs des administrations.

Le chef du gouvernement a demandé à ses ministres de procéder à des dépistages surprise, "sous forme de tests salivaires", de leurs collaborateurs et à se faire tester eux-mêmes, selon cette circulaire que l'AFP a pu consulter mercredi.

Sont concernés de nombreux hauts fonctionnaires, préfets, ambassadeurs, directeurs d'administration centrale, recteurs, et agents ayant accès à des "informations sensibles" ou porteurs d'une "habilitation" dans la défense ou la sécurité.

Les ministres, la Secrétaire générale du gouvernement ou le Secrétaire général de la Défense et la sécurité nationale devront aussi se faire dépister.

Car, explique M. Lecornu, la consommation de stupéfiants par des agents publics "constitue, au-delà de leur propre mise en danger et de l'impact sur le service, une vulnérabilité personnelle susceptible d'être exploitée par des groupes de pression, des réseaux criminels ou des manœuvres d'ingérence". "La plus grande vigilance" est donc "requise", insiste-t-il.

En l'occurrence, un membre du cabinet du Premier ministre, conseiller sur les questions agricoles déjà en poste avant M. Lecornu, avait dû être exfiltré de Matignon pour consommation de drogue en décembre 2025, avait rapporté en début d'année le Canard Enchaîné.

"Défiance"

Ces dépistages visent "une exigence d'exemplarité et de sécurité proportionnée aux responsabilités exercées", fait valoir l'entourage du Premier ministre, qui a été lui-même testé ainsi que ses équipes il y a environ deux semaines.

La circulaire s'inscrit en outre dans le "changement d’échelle" que Sébastien Lecornu veut impulser dans la lutte contre le narcotrafic.

Le président Emmanuel Macron avait dénoncé à cet égard en novembre "les bourgeois des centres-villes qui financent les narcotrafiquants", après l'assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, le frère d'un militant engagé contre le narcotrafic, qui avait remis cette question au centre du débat public.

Mais un conseiller ministériel, sous couvert d'anonymat, s'interroge sur la légalité de la circulaire et la juge "infantilisante".

"Lecornu c'est aussi le chef de tous les conseillers ministériels. Instaurer un rapport de défiance, alors qu'on travaille tous de 6H00 du matin à 1H00 du matin, dans une période de fin de règne où on a tous besoin d'avoir un horizon, ça me met extrêmement mal à l'aise", estime-t-il.

Un autre conseiller trouve l'initiative "intéressante" et "habile". "On ne peut plus avoir de complaisance vis-à-vis de cette consommation" qui touche "tous les milieux", avance-t-il.

Il voit aussi, dans ce coup de menton d'un politique contre la haute administration, une forme de réponse à l'extrême droite "dont le moteur est de critiquer le +système+".

"Santé publique"

Mais il reconnaît que cette demande de Matignon, après un courrier aux ministres pour les exhorter à "corriger" à la baisse leurs dépenses, est "ressentie comme injuste".

Les ministres doivent établir avant le 26 juin un plan d'action. A ce titre, le ministère des Affaires étrangères tiendra jeudi une réunion interne pour examiner l'application pratique de cette circulaire, qui concerne environ 300 personnes, dont quelque 200 ambassadeurs.

Si le résultat est positif, les ministères pourront apprécier les conséquences "y compris sur un plan disciplinaire" et orienter les consommateurs "vers des structures de soins".

Les ministres veilleront cependant à ce que les les agents concernés aient des "garanties" pour pouvoir demander "une contre-expertise" ou pour la "protection de leurs données personnelles, le tout en "concertation avec les représentants du personnel".

Sollicitée par l'AFP, une représentante de la CGT pour la Fonction publique d'Etat, Sylvie Aebischer, n'a pas souhaité commenter, pointant le "besoin de parler d'abord salaires et conditions de travail".

Pour sa collègue de la CFDT Fonction publique Laure Revel, il s'agit d'un "problème de santé publique qui n'est pas lié à la haute fonction publique". Elle se demande aussi "pourquoi prendre une circulaire alors qu'il existe des instances pour évaluer ces risques", et s'interroge sur la "faisabilité" des dépistages.

La cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot a dénoncé des "gesticulations", tandis qu'un élu de son groupe estime que l'alcool au sein du personnel politique fait "plus de dégâts".

1 commentaire

  • 17 juin 19:03

    Pourquoi ne pas dépister aussi les députés ?


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